Une jeune syndiquée raconte avoir d’abord été syndiquée pendant deux ans «sans rien faire à part payer une cotisation » avant de prendre conscience, à la faveur d’une formation, de «tous les droits qu’on pouvait acquérir » par l’action syndicale.
Le chercheur en sciences politiques Dominique Andolfatto formule l’hypothèse d’une situation «relativement comparable » dans les différents syndicats français : «une pyramide des âges très étroite à la base, qui s’élargit à partir de 30 ans et plus encore à partir de 40 ».
Selon le ministère du Travail, le taux de syndicalisation s’établissait en 2019 à 10,3 % mais seulement à 2,7 % chez les moins de 30 ans.
Être syndiqué, « c’est un peu comme une assurance »
Pourtant, les jeunes n’ont pas une mauvaise image des syndicats. Selon un sondage Opinion Way pour Réalités du dialogue social en 2025, 76 % des 18-35 ans les jugent nécessaires dans toutes les entreprises.
Mais «le salarié engagé, militant ou adhérent d’un syndicat, c’est plutôt le salarié stable », résume l’historien Stéphane Sirot. Or, selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental de 2019, l’accès à un premier emploi stable s’établissait alors à 27 ans en moyenne, contre 20 ans en 1975.
La tendance au nomadisme professionnel des jeunes freine aussi leur prise de responsabilité.
«Les jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail ont tendance à rester sur un emploi un peu moins de trois ans », explique Laurianne Enjolras, maîtresse de conférences en droit privé à l’Université de Montpellier, alors que «la durée d’un mandat d’élu au comité social et économique, c’est entre deux et quatre ans ».
Autres facteurs avancés par les chercheurs, la méfiance des jeunes vis-à-vis d’organisations perçues comme trop hiérarchisées, la préférence pour des engagements dans des micro-communautés aux objectifs plus précis, l’intérêt pour des sujets sociétaux plus que sociaux, le déclin du syndicalisme étudiant, mais aussi une exigence d’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle et militante plus forte que pour les générations précédentes.
Pour Lydie Nicol, attirer des jeunes implique un effort pour «avoir de la clarté sur les missions syndicales et la charge de travail que cela représente » et a conduit le syndicat à «questionner (ses) modes de formation », avec, notamment, plus de propositions en ligne.
Via les réseaux sociaux ou les salons de l’étudiant, les syndicats cherchent à aller vers les jeunes.
Il est important de leur expliquer qu’être syndiqué «c’est un peu comme une assurance : on n’attend pas d’avoir une problématique pour se syndiquer ».