En 2016, déjà, le Défenseur des droits et l'Organisation internationale du travail (OIT) avaient pointé l'importance des discriminations dans l'emploi par rapport aux autres sphères de la vie sociale. Recherche d'emploi et déroulement de carrière figuraient dans le trio de tête des domaines les plus fréquents de discrimination, avec l'accès au logement.
Huit ans après, cela n'a pas changé, montre la 18e édition de leur baromètre commun à partir d'une nouvelle vaste enquête puisqu'elle a, elle aussi, porté sur un échantillon de quelque 5.000 personnes ; une enquête dont « Les Echos » livrent en exclusivité les résultats.
Un phénomène massivement identifié
Sexe, âge, grossesse, congé de maternité ou de paternité, origine ou couleur de peau, religion, état de santé, handicap : le phénomène est d'ailleurs massivement identifié par les Français, qui sont plus de 90 % à noter l'existence, parfois ou souvent, de ces discriminations.
Du côté des victimes de discriminations, le baromètre semble montrer une amélioration. De 29 % de personnes déclarant avoir été discriminées dans leur déroulement de carrière en 2016, on est passé à 21 %. Et concernant la recherche d'emploi, la proportion est passée de 18 % à 14 %. Ces chiffres sont cependant à prendre avec prudence du fait de modifications méthodologiques.
Ce que confirme assurément l'édition 2025 du baromètre, c'est la surexposition de certains publics. La situation est particulièrement problématique pour les jeunes, les femmes, les personnes non blanches et celles porteuses de handicap, montre l'évaluation de la probabilité de subir une discrimination selon les profils. Et si le taux de non-recours baisse, en particulier chez les femmes, il reste massif.
« Un effet délétère »
Les jeunes ont ainsi deux fois plus de risque d'être victimes, que ce soit dans le processus de recherche d'emploi (en baisse puisqu'en 2016, on était sur 2,6) comme dans le déroulement de carrière (en hausse par rapport à huit ans avant, où l'évaluation était de 1,6). Moins exposées au risque de discrimination dans la recherche d'emploi (1,4 fois plus que les hommes, stable), les femmes sont aussi touchées que les jeunes quand il s'agit de la carrière (2 fois plus que les hommes).
L'orientation sexuelle est une source à peine moins importante de discrimination à l'embauche que la jeunesse (1,9). Mais c'est clairement le fait de ne pas être perçu comme blanc qui porte en soi le plus de risque lors de la recherche d'emploi. Cela augmente de 2,8 la probabilité d'être victime d'une discrimination. Un record… « Ces atteintes aux droits des personnes ont un effet délétère », souligne la défenseure des droits, Claire Hédon, dans une interview publiée par « Les Echos ».
Le baromètre ne permet pas de mesurer l'impact d'un cumul de plusieurs sources potentielles de discriminations, ce que l'on appelle les discriminations intersectionnelles. Il pointe en revanche un autre phénomène : celui de la montée des propos et comportements stigmatisants au travail. En 2016, 25 % des actifs interrogés les évoquaient. En 2024, ils sont 34 %.
Montée des propos et comportements stigmatisants
L'augmentation des propos et comportements sexistes est la plus importante : 20 % des actifs signalent en avoir été victimes, 6 points de plus. Mais les propos et comportements racistes, handiphobes, homophobes ou liés à la religion sont aussi en hausse.
Cette poussée, identifiée à la suite de la dissolution intervenue à l'été 2024 et de la progression du RN, n'a pas une seule origine. « Elle peut traduire une dégradation de l'environnement de travail [mais] également être le fruit d'une prise de conscience du caractère inapproprié que révèlent de tels propos et comportements sur le lieu de travail », note le baromètre, qui rappelle que « la multiplication des propos offensants ou la survenue d'un comportement hostile grave peuvent constituer en droit une situation de harcèlement discriminatoire répréhensible par la loi ».
Pour faire reculer les discriminations dans l'emploi et lutter contre le non-recours, Claire Hédon insiste la nécessité de développer des politiques publiques de lutte contre les discriminations ainsi que de véritables plans d'action dans les entreprises. Pour ce qui est de la voie contentieuse, la défenseure des droits souligne que « lancer un recours contre une discrimination est compliqué pour un individu ». « C'est tout l'intérêt d'une action de groupe quand on est face à une discrimination systémique, ce que va permettre de renforcer un arrêt du 5 novembre [de la Cour de cassation]. »